La problématique. Satisfaire les besoins alimentaires en diminuant l'impact environnemental.
« Ce scénario répond à une question centrale : disposerons-nous des surfaces nécessaires pour satisfaire les besoins alimentaires de demain, tout en conciliant un modèle agricole et énergétique durable ? » , résume Isabelle Meiffren, coordinatrice de projets à Solagro. Car en 2050, l'agriculture française devra nourrir 70 millions d'habitants. Et fournir assez d'énergie et de matériau (bois, éco) pour une transition énergétique, visant à pallier à la fin progressive de l'ère du pétrole.
Le challenge. Construire un scénario réalisable.
Comment analyser les visions parfois opposées sur le devenir de notre agriculture ? « Pour construire un scénario juste, nous avons privilégié une approche pluri-disciplinaire, dans les secteurs de l'agronomie, les énergies, l'économie, l'écologie...».
Le scénario a été quantifié physiquement, au terme d'une longue démarche d'expertise technique et prospective. Il fournit un cadre et une base cohérente au volet biomasse du scénario négaWatt 2011.
Le but. Attiser le débat public et provoquer un changement d'habitudes.
Afterres2050 doit susciter un débat public sur l'orientation de la politique agricole au sein des territoires, du local au global. Un pavé dans la mare qui tombe au moment opportun, puisque durant toute l’année est discuté le projet de future politique agricole commune à l’échelle européenne. « Ce projet doit interpeller les instances dirigeantes, citoyens, chercheurs, sociologues, économistes... Et mutatis mutandis, permettre la mise en place de la transformation des habitudes de consommation alimentaire et des pratiques de productions (agricoles et d'élevage) », conclut Isabelle Meiffren.
5 à 8 millions d’ha libérés pour la biomasse !
Dans le scénario Afterres2050, lʼagriculture conventionnelle est devenue une agriculture écologiquement intensive. Une parcelle délivre désormais jusqu’à 6 productions différentes, contre une seule aujourd’hui.
Le développement de la lutte biologique, la restauration de la fertilité du sol, le déploiement à large échelle d’infrastructures agro-écologiques ( haies, arbres épars, zones humides... ), réduisent fortement la consommation dʼintrants chimiques.
Au sein des élevages, les effectifs dʼanimaux sont globalement divisés par 2, et leurs conditions de vie améliorées. Notre nutrition a évolué : notre assiette contient moins de viande (- 50 %) et moins de lait. Mais beaucoup plus de fruits, de légumes, de céréales, de fruits à coque (amandes, noix…). L’application du scénario Afterres2050 modifie l’usage d’une partie des 55 millions d’hectares de la France métropolitaine.
Une fois couverts les besoins en alimentation et en exportation, 5 à 8 millions d’hectares peuvent être réaffectés. La biomasse produite sur ces terres peut servir à la production d’énergie, de matériaux de construction ou encore de source de carbone pour l’industrie chimique. En dépit de ces ambitions, le scénario ne permet pas, comme prévu initialement, de réduire par 4 les émissions de gaz à effet de serre dans l'agriculture, mais seuleument de moitié.
« Il n'existe pas d'autres voies possibles »
Réaction de Pascal Dallé, agriculteur bio à Mézières-sur-Couesnon (35)
« Comme un dixième des agriculteurs bretons, je défends depuis longtemps les idées soutenues dans ce scénario. Afterres2050 possède une réelle valeur ajoutée. Il est chiffré, ce qui permet de se situer facilement sur une échelle d'objectifs en agriculture durable. C'est un scénario mathématique, et non pas utopique.
Il devrait dès maintenant nous servir à amorcer une transition écologique. Car il n'existe pas d'autres voies possibles. Aujourd'hui, les consommateurs et les agriculteurs subissent le système économique en payant le prix fort. Les paysans vont bien devoir réduire leur consommation en énergies fossiles (fioul, engrais...). Il devient urgent qu'ils modifient leur sytème de production... »

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