Région d’Afrique subsaharienne peuplée de 150 millions d’habitants, le Sahel doit faire face à une problématique humanitaire vaste qui peut se résumer ainsi : une désertification naturelle couplée à une déforestation humaine liée à la hausse démographique. Cette problématique a une conséquence directe sur le logement, le bois étant le matériau traditionnellement utilisé pour la construction. « La destruction du biotope a conduit à un problème économique et écologique d’accès à l’habitat, synthétise Pierre Le Signor, dirigeant de l’entreprise de restauration du patrimoine. Dans cette situation, le logement s’inscrit au centre de la problématique du développement ». La seule substitution qui s’offrait jusqu’ici aux habitants était la tôle. Une solution peu adaptée économiquement (le matériau étant cher et importé de l’étranger), ni écologiquement, ce commerce étant générateur de gaz à effets de serre. Ce qui conduit les Sahéliens dans un cercle vicieux de pauvreté. D’où l’idée de proposer des maisons à base de terre, un matériau sain, local et bon marché.
Un modèle de « réplication sociale »
L’aventure de la Voûte nubienne commence à la fin des années 1990. Thomas Granier, maçon, rend visite à des amis au Burkina Faso, dont Konaté Bomavé, un forgeron à l’origine du Parc international des arts modernes et traditionnels de Boromo. Il y découvre un arc de briques construit par Séri Youlou, un cultivateur, pour protéger un bas-relief. Ayant déjà entendu parler de la voûte nubienne (lire en encadré), Thomas Granier propose alors à Séri Youlou d’en construire une grandeur nature. Réalisant à quel point ce mode de construction répond à la problématique du logement et du manque de ressources au Sahel, Thomas Garnier et Séri Youlou fondent ensemble l’association Voûte Nubienne en 2000, prélude à une démarche de formation à ce mode d’habitat dans le monde entier.
Le concept de voûte nubienne est standardisé avec l’aide du laboratoire de recherche CRATerre-ENSAG. Celui-ci s’occupe de la conservation et de la gestion des patrimoines architecturaux en terre. Acroterre aide ensuite l’AVN à disséminer cette technique de construction. « L’idée n’est pas de construire des maisons, mais de former des maçons sur place pour sensibiliser un marché, explique Antoine Horellou. 200 maçons burkinabés ont déjà été formés à ce jour, dont 80 chefs de chantiers. » « C’est un système de transmission de savoirs de maître à disciple, ajoute Pierre Le Signor, lui-même compagnon. Cela fonctionne par cooptation. » En outre, l’association forme des vulgarisateurs du projet au sein des communautés locales, afin qu’ils puissent convaincre leurs concitoyens de la pertinence de ce modèle. « Quand on arrive dans un village, les villageois ont déjà entendu ou ont vu que dans le village d’à côté, il y avait une ou plusieurs voûtes, explique Antoine Horellou. Notre rôle est d’accompagner le maçon dans sa proposition commerciale. »
L’investissement social
L’objectif de l’AVN est de développer un véritable programme macroéconomique. « Le but est de vulgariser le plus rapidement possible la technique de construction, puis de se retirer en laissant un marché local autonome », informe Antoine Horellou. Arnaud Mourot, le directeur d’Ashoka France, association qui promeut l’entrepreneuriat social partout dans le monde, considère cette initiative comme « l’une des plus innovantes » grâce à ses « effets de leviers » et a récompensé l’AVN lors du concours Impact en 2007. L’association a également remporté, en 2007, le Tech Museum Awards dans la catégorie « développement économique », prix qui récompense les innovateurs du monde entier apportant une technologie au profit de l’humanité. « C’est un des projets les plus audacieux et les plus pérennes du XXIe siècle. Il s’adapte à tous les climats de ce type, ne produit aucun déchets et entraîne une foule d’impacts positifs au plan social, soutiennent les deux défenseurs finistériens du projet. La construction en terre représente 80% de la construction mondiale », rappellent-ils. Selon Satprem Maïni, représentant à la chaire Unesco d’architecture de terre en Inde, « la Voûte nubienne est à ce jour le meilleur programme au monde dans son domaine ».
« Par le modèle économique de la région (à 80% rurale informelle), la sensibilité est beaucoup plus forte à la crise climatique qu’à la crise économique », conclut Antoine Horellou. Voilà pourquoi le programme de l’AVN apporte une réponse immédiate et durable à la question de l’habitat au Sahel. En 2009, l’association a d’ailleurs reçu de la Banque mondiale le Prix « Innovation pour l’adaptation au changement climatique ». La voûte nubienne deviendra-t-elle le modèle dominant en Afrique subsaharienne ? On ne peut que l’espérer, pour le confort de ses habitants, le modèle d’habitat durable qu’elle représente et aussi, pour l’esthétique de ces maisons, qui semblent sorties du ventre de la Terre.
Le principe de la voûte nubienne
Le mode de construction de la voûte nubienne vient de Nubie, dans le haut Nil et date de -1500 avant J.-C. Cette technique ancestrale ne nécessite pas de bois car elle est sans coffrage. C’est une voûte en berceau, en tranche incliné. « Le confort est la première chose qui fait la différence, par rapport à un toit en tôle. Il fait 25° à l’intérieur quand il en fait 40 dehors », assure Pierre Le Signor. Cette technique permet aussi de retrouver le toit-terrasse, bien utile pour faire sécher des aliments. Le coût d’une voûte nubienne se répartit en trois pans : 75 % pour la main-d’Å“uvre non-spécialisée, 25% pour la main-d'oeuvre spécialisée et 5% pour celui de la bâche plastique d’étanchéité (produite au Burkina Faso). Le gros Å“uvre est construit avec de la terre crue mélangée à de l’eau et de la paille. « Les gens savent faire des briques de banco depuis des millénaires », assure Antoine Horellou. La fondation est faite de cailloux sauvages. La finition est en crépi de terre ou en enduit ciment.
Pour en savoir plus
Sur le microcrédit : www.kiva.org et www.babyloan.org
Sur l’association Voûte nubienne : www.lavoutenubienne.org ; http://www.eco-sol-brest.net/Une-ONG-brestoise-remporte-le.html
Sur le principe de construction de la voûte nubienne : Hassan Fathy, Construire avec le peuple: Histoire d'un village d'Egypte : Gourna, éditions Sindbad. L’auteur a remis au goût du jour les voûtes nubiennes à l’échelle d’un village.
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