L’entreprise Areva, leader mondial du nucléaire - dont l’État français contrôle près de 87% du capital - fait face à de nombreuses difficultés financières et à une chute de son cours en bourse, dus à des erreurs stratégiques (rachat de la société Uramin pour 3 milliards d’euros), à des retards de livraison (chantier du réacteur EPR finlandais et Flammanville) et aux glissements dans le calendrier de redémarrage des centrales nucléaires au Japon. © Fotolia

Actualités

« L’énergie de demain pour les citoyens d’aujourd’hui »

Installé en Bretagne depuis 2001, P&T Technologie développe, construit et exploite des parcs éoliens. Avec près de 100 MW développés et installés sur le sol breton, P&T Technologie est un acteur majeur de la transition énergétique de la région.

Entreprise moteur dans la concertation avec les citoyens, P&T Technologie est partenaire de l’association «Énergie des Fées» pour accompagner le développement du parc éolien citoyen sur la communauté de communes de la Roche aux Fées en Ille-et-Vilaine.

Aujourd’hui, notre équipe gère depuis Rennes l’exploitation de 66 éoliennes qui s’ajoutent aux 600 éoliennes de notre société-mère Energiequelle, créateur du premier village autonome en énergies d’Allemagne à Feldheim.

Plus d'info :

www.pt-technologie.fr

Retrouvez également des articles sur le développement des énergies renouvelables en Bretagne dans le dernier numéro de Bretagne Durable dédié au coût de l'énergie nucléaire.

Energie TEAM, acteurs de l'éolien breton

EnergieTEAM Exploitation SAS, 5ème exploitant français de parcs éoliens, assure actuellement la construction de 7 nouveaux parcs éoliens et l’exploitation de 160 éoliennes (360MW de puissance installée) réparties sur 35 parcs, dont trois en Bretagne : à Cruguel (56), Silfiac (56) et Pouisy (22).

Expérimentée avec ses parcs éoliens réalisés depuis 2005 et des turbines des plus grands constructeurs, pluridisciplinaire avec des spécialistes (génie civil, génie électrique, électrotechnique, maintenance, qualité..), spécialisée dans la production d’énergie verte et innovante avec ses développements de prestations et d’outils d’exploitation, EnergieTEAM Exploitation SAS poursuit son développement et recrute des chargés d’exploitation en région, un technicien HSE et un chargé de construction.

Augmenter la production d'ici 2016

« Notre métier d’exploitant de parcs éoliens consiste à assurer le suivi des installations de production 7 jour sur 7 et 24h sur 24 et à en optimiser la sécurité et la rentabilité. L’exploitant porte d’ailleurs la responsabilité de ces installations de production d’électricité verte face aux différents enjeux humains, techniques et réglementaires » explique Emmanuel Robert, Directeur Général Energie TEAM Exploitation. « D’ici la fin 2016, nous augmenterons a minima (en ne tenant compte que de nos développements internes) notre capacité de production de 200MW supplémentaires. »

Plus d'infos sur : 

www.energieteam.fr 

Retrouvez des articles sur le développement des énergies renouvelables en Bretagne dans le dernier numéro de Bretagne Durable dédié au coût de l'énergie nucléaire.

 

« le nucléaire coûtera de plus en plus cher »

La coopérative Enercoop Bretagne, créée en mars 2013 regroupe les acteurs de la transition énergétique du territoire : consommateurs, salariés, producteurs et collectivités. Ce sont ainsi plus de 2000 foyers bretons qui ont choisi une électricité 100% renouvelable, refusant ainsi les énergies fissiles et fossiles. Entretien avec Nicolas Debray, directeur d'Enercoop Bretagne, fournisseur d'électricité d'origine 100 % renouvelable. Retrouvez également Enercoop dans le dernier numéro de Bretagne Durable dédié au coût de l'énergie nucléaire.

 

Le prix régulé de l'électricité n'a cessé d'augmenter depuis plus de 10 ans. Pourtant, l'énergie nucléaire (qui permet l'approvisionnement de 80 % de l'électricité française), est censée nous offrir l'un des tarifs les moins chers du monde... Comment analysez-vous cette hausse alors que les énergies renouvelables apparaissent de plus en plus compétitives ?

Au démarrage d'Enercoop, en 2007, nous étions environ 45 % plus cher que le tarif régulé proposé par l'opérateur historique. 7 ans plus tard, nous ne sommes plus que 18 % plus cher.Ce rapprochement tarifaire en peu de temps montre à quelle vitesse l'écart se resserre. Pourtant, durant 7 ans, nous n'avons pas augmenté nos tarifs. Car nous construisons notre prix de vente sur un prix juste entre le producteur et le consommateur.

Quant à l'électricité d'origine nucléaire, pensez-vous que son prix va encore continuer d'augmenter ?

EDF le dit : ça va encore augmenter. De fait, le prix de l’électricité nucléaire, neuf (type EPR) ou ancien, va augmenter... La question est plutôt : « De combien ? ». Or on ne sait pas combien coûte un démantèlement. C'est selon moi une raison pour laquelle on repousse d'ailleurs cette question épineuse.

Plus évocateur encore, on est depuis 10 ans au niveau le plus bas du coût de l’énergie nucléaire. Car nous sommes sur de l'électricité produite dont l'outil a été largement amorti. Le hic, c'est qu'il reste beaucoup plus de choses à payer que prévu. Certes, une partie de la somme nécessaire a été provisionnée, en cas de surcoût du démantèlement, EDF sera obligée de vendre le réseau de transport de RTE par exemple. Mais suffira-t-elle ? Démantèlement, hausse des niveaux de securité post Fukushima et attentats (coût non encore provisionné mais qui se répercute dans la facture), prolongation des centrales pour l'entretien, traitement des déchets, coût sanitaire et écologique...

Face à cette hausse des prix du de l'électricité nucléaire, les énergies renouvelables (ENR) sont-elles désormais aussi compétitives ?

Le choix politique des tarifs bas n'est plus tenable pour EDF par rapport aux contraintes économiques, sinon cela signifierait que l’État subventionne le démantèlement de l'énergie nucléaire. En terme de compétitivité, le nucléaire « neuf » (EPR) n'est pas non plus compétitif, face à l'énergie éolienne par exemple. On peut aisément montrer que si les coûts des ENR baissent et baisseront, ceux du nucléaire ne cesseront d'augmenter. En somme, en face d'un choix politique obsolète et d'un modèle français centralisé lourd en investissement et en risques, Enercoop déploie son alternative coopérative, décentralisée et renouvelable. L'objectif : favoriser la réappropriation citoyenne des questions d'énergie. Et pour ce qui est du lien entre la production et la consommation, il nous faut aujourd'hui changer de paradigme en adaptant la consommation à la production et non l'inverse. C'est la dernière étape avant la future généralisation massive des énergies renouvelables. C'est un passage obligé, que nous avons amorcé très tôt en France avec les heures creuses, qu'il faut maintenant adapter aux renouvelables et non plus au nucléaire.

Pour conclure, à la question « pourra-t-on faire un jour du 100% renouvelable ». La réponse est oui par définition, puisqu'un jour, ce qui n'est pas renouvelable disparaîtra. La question est plus de savoir quand, et est-ce que ça sera subit ou voulu. Et il n'est jamais bon de subir les choses.

Plus d'infos :

www.enercoop-bretagne.fr

 

Enercoop, le service citoyen de l'énergie

En face d'un choix politique obsolète et d'un modèle français centralisé lourd en investissement et en risques, Enercoop déploie son alternative coopérative, décentralisée et renouvelable. Depuis 2004, la coopérative poursuit ces objectifs : contribuer à la maîtrise de la consommation d'énergie, promouvoir et développer les renouvelables, dans la lignée du scénario Négawatts, et favoriser la réappropriation citoyenne des questions d'énergie. La coopérative régionale bretonne, créée en mars 2013 regroupe ainsi les acteurs de la transition énergétique du territoire : des consommateurs et des salariés, des producteurs et des collectivités, des partenaires comme l'Agence Locale de l’Énergie ou le SDE35. C'est ainsi plus de 2000 foyers bretons qui ont choisi une électricité 100% renouvelable, refusant ainsi les énergies fissiles et fossiles.

Si, pour les premiers convaincus, le surcoût a été important, aujourd'hui, il n'est plus que de quelques euros par mois en moyenne pour un foyer sans chauffage électrique; un écart qui va encore se réduire dans les années à venir puisque les tarifs d'Enercoop sont stables depuis 2007. Le pari qui avait été fait alors était de vendre l'électricité... à son juste prix !

Après bientôt 10 ans d'existence et fort d'un réseau de 8 coopératives régionales, c'est localement qu'Enercoop va participer à l'avènement des énergies renouvelables avec aux cœurs de ces projets, les citoyens et les collectivités, faisant ainsi naître un service citoyen de l'énergie.

 

L’éolien en Bretagne, dans le vent de la transition énergétique

Par FEE Bretagne

L’éolien est une énergie renouvelable, compétitive et créatrice d’emplois. Grace aux avancées technologiques et au retour d’expérience de la filière, son coût de production continue de baisser. Aujourd’hui, la filière française compte 10 480 emplois
au sein de 760 sociétés.

« Dans le contexte actuel de transition énergétique, l’énergie éolienne est une réponse appropriée aux enjeux économiques et sociaux de diversification du mix électrique français. L’éolien est une des clés du changement dans la manière de produire durablement de l’électricité à bas coût, plus propre et indépendante des ressources fossiles », Jean-François Leblanc,
Délégué régional ouest FEE. Avec 806 MW d’éolien terrestre raccordés au réseau breton au 30 septembre 2014, le développement de l’éolien a pris beaucoup de retard par rapports aux objectifs fixés par le schéma régional éolien
(1 800 MW à l’horizon 2020). « L’espace disponible se fait de plus en plus rare mais les solutions existent : levée des contraintes militaires, installation d’éoliennes en espaces boisés, densification des parcs existants… » poursuit Anne Couëtil, Déléguée régionale adjointe Bretagne.

La région Bretagne accueillera aussi un projet de parc éolien au large de Saint-Brieuc pour une puissance installée de 500 MW à l’horizon 2018-2020. La façade maritime bretonne présente un potentiel considérable (éolien en mer, hydrolien et énergies marines renouvelables), qui contribuera au renforcement d’une filière industrielle locale, à haute valeur ajoutée et prometteuse pour l’export.

Plus d'ifos : fee.asso.fr

 

La commission européenne restreint la pêche au bar

La pêche au bar aux chalutiers pélagiques est désormais interdite dans la Manche jusqu'au 30 avril. La comission européenne vient de prendre cette mesure afin de "protéger le stock quand il est le plus vulnérable", c'est à dire en période de reproduction. La décision concerne particulièrement les pêcheurs français, adpetent de cette technique qui consiste à remorquer un filet évulaunt entre la surface et le fond. Et suceptible d'accroitre les risques de surexploitation des ressources halieutiques. Dans le communiqué publié ci-dessous, l'association des Ligneurs de la pointe de Bretagne évoque un échec de la co-gestion de la pêche dans notre pays.

Pour aller plus loin sur cette question, retrouvez notre reportage sur les enjeux de la pêche du bar au large du Finistère dans le dernier numéro de Bretagne Durable. 

La décision de la Commission Européenne d'interdire aux chalutiers pélagiques de pêcher le bar en Manche du 1er janvier au 30 avril est tombée il y a quelques jours, laissant toute une profession sous le choc. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Cette pêcherie du bar au chalut pélagique est d’un développement récent et avant 1995 les captures n’étaient que marginales. Comment expliquer que, sur cette période, seule la France ait autorisé et encouragé le développement de cette flottille opérant sur la ressource « bar » exclusivement pendant la période de reproduction ?

Dans le même temps, les autres Etats faisaient tout pour brider cette activité, allant même jusqu’à en interdire la pratique à leurs ressortissants ? Il tombe sous le sens que pêcher un poisson sur ses frayères c’est un peu couper la branche sur laquelle on est assis. Comment espérer une belle récolte si on ne laisse pas l’arbre fleurir ?

Et pourtant il y en a du monde sur cette branche : les ligneurs excessivement dépendants de l’espèce, mais aussi les fileyeurs, les chalutiers traditionnels, la pêcherie de loisir dont on sait les retombées économiques vitales pour toute l’économie littorale… Cette mesure d’interdiction prise dans l’urgence ne constitue que la première salve d’une série de mesures dont on sait qu’elles vont être douloureuses pour toutes les parties prenantes.

Elle traduit la faillite d’un système, et si la Commission Européenne se résout à prendre une décision aussi radicale sur une espèce dont la gestion est normalement déléguée aux pavillons nationaux, c’est précisément parce que les états nationaux ont échoué dans cette obligation de gestion. La France porte une lourde responsabilité dans cet échec.

Le système de gestion à la française dit de co-gestion est pourtant un dispositif efficace ayant donné sur la plupart des espèces des résultats performants : quoi de plus judicieux que de confier aux pêcheurs la prise de décisions ensuite validées par les services de l’Etat ? Qui mieux que le pêcheur est capable d’identifier les limites à ne pas dépasser, pour rapidement mettre en œuvre leurs mesures d’autorégulation avec une efficacité prouvée ? Pourtant dans le cas du bar ça n’a pas marché !

Ca n’a pas marché parce que très rapidement, les représentants du segment le plus productiviste des pêches professionnelles ont phagocyté les instances décisionnelles, bloquant toute décision courageuse, et initiant années après années les seules mesures favorisant leur prisede profit immédiat sans la moindre considération pour les impératifs de préservation des ressources.

Ce fiasco dans la gestion du bar, c’est la faillite d’un système de représentation professionnelle qui n’a pas su s’appuyer sur une composition paritaire des différentes composantes de la pêcherie. Un système qui n’a pas su associer scientifiques, pêcheurs de loisirs, ONG, élus politiques à un défi qui nous intéresse tous.

Alors quand nos représentants professionnels poussent leurs cris d’orfraie, dénonçant des mesures aux conséquences dramatiques, nous les renvoyons à leur propre responsabilité. Elus présidents de toute une communauté, ils auraient dû défendre les intérêts de tous. Au lieu de cela, ils ont servi les seuls intérêts de leurs électeurs, avec un parti pris coupable et une vergogne sans pareille. Le travers sans doute d’un système électif uniquement fondé sur une représentation syndicale, naturellement plus à l’aise dans la négociation sociale que sur ces enjeux de gestion des ressources halieutiques. 

 

Mes chers amis d'ici et d'ailleurs

Durement affecté - physiquement comme moralement - par l'attentat du 7 janvier contre la rédaction de Charlie Hebdo, Fabrice Nicolino s'exprime pour la première fois, sur son blog, 10 jours après le terrible évènement. Il évoque notamment les rasssemblements citoyens qui se sont déroulés durant le weekend suivant les assassinats et la prise d'otage. Le journaliste a reçu ces manifestations comme un " puissant baume pour les blessures du corps et de l’âme".

Article publié le 16 janvier 2015 sur fabrice-nicolino.com

Je vais aussi bien que possible dans une telle situation. Après une grosse perte de sang, deux transfusions et une opération longue, retour au calme. J’ai reçu des balles dans chacune de mes jambes, j’ai une plaie à la hanche et une autre à l’épaule. Et pas mal d’éclats dans le corps, qui n’en repartiront pas. Ils rejoignent ainsi l’éclat d’une bombe fichée dans mon pied gauche depuis le 29 mars 1985. Ce jour-là - fatalitas ! -, j’ai été victime d’un attentat au cinéma parisien le Rivoli-Beaubourg.

Retour au présent : à la vérité, je n’ai vraiment recommencé à écrire un peu que ce 15 janvier 2015. Et je n’ai pu parcourir mes mails que ce même jeudi, huit jours après la Grande Tuerie. J’ai reçu pour l’heure près d’un millier de messages par toutes les sources possibles, et le bien que m’ont fait  ceux que j’ai pu lire - une cinquantaine - défie déjà tout commentaire. Je vous le demande sans fausse honte : continuez ! Oh oui, continuez ! La quasi-totalité expriment une chaleur et une amitié dont j’ai désormais un besoin quotidien.

Je n’ose penser

Coupé de l’extérieur – sans journaux, longtemps sans télé ni téléphone -, je ne sais que les très grandes lignes de ce qui s’est passé. Ce qui suit pourrait donc tomber à plat, mais dans ce cas, vous me pardonnerez. Première évidence : la réaction si spectaculaire de la société française est évidemment un puissant baume pour les blessures du corps et de l’âme. Je n’ose penser à mon état si les manifestations de solidarité n’avaient rassemblé que quelques milliers de personnes.

Bien entendu, à cette hauteur de mobilisation, le malentendu est partout. Des gauchistes antisionistes ont défilé avec des Juifs à Kippa, des pieux musulmans avec des cathos anti-mariage gay, des sarkozystes et des zemmouristes avec des mélenchonistes. Et c’est vraiment ce qui pouvait arriver de mieux. Un tel déferlement crée nécessairement un substrat, au sens agricole, un compost sur lequel pousseront les réponses que nous saurons formuler ensemble.

Nul ne peut connaître le résultat de tels ébranlements, qui touchent à l’intime des cœurs. Mais on peut du moins dire que sans ces fondations, sans cette fondation, rien n’aurait pu germer demain sur la terre dévastée de ce si petit pays de France. Nous sommes désormais face à une possibilité. Ce qui fait peu, mais surtout beaucoup.

Les contours du Grand Partage

Vous le savez, je tiens la crise écologique, si dramatique, comme le cadre neuf dans lequel penser notre avenir commun, aussi compromis qu’il puisse paraître. Sous ma plume, il ne s’agit pas d’une formule, mais d’une conviction définitive. Elle implique, et je ne vais pas plus avant sur ce terrain instable, une politique révolutionnaire.

Et démocratique, cela va de soi. Il faut définir les contours du Grand Partage. Partage de l’espace et des ressources, évidemment. Mais à condition d’y inclure nos frères les animaux, dont le sort maudit ne cesse d’aggraver celui de la psyché humaine. Hors ce cadre-là, selon moi, il ne peut y avoir que ravage, destruction du monde, mortels affrontements.

Depuis que je suis hospitalisé, et dès que j’ai pu m’adresser à mes soignants, je me suis mis à parler. Ceux qui me connaissent savent qu’il s’agit chez moi d’une maladie chronique, qui ne disparaîtra qu’à ma mort. La plupart, depuis les aides-soignants jusqu’aux chirurgiens, passant par les infirmières – et infirmiers – m’ont paru admirables. Écrivant cela, je ne veux pas les désigner comme des êtres hors du commun. Ils ne le sont pas.

Le bonheur des nuits d’insomnie

Mais leur comportement réel, dans le quotidien sinistre des services de réanimation, montre qu’il est possible de vivre comme des hommes, dans le respect de ces valeurs essentielles sans lesquelles la vie perd à jamais ses repères. J’ai été heureux, au milieu des nuits de l’insomnie, de parler de la campagne d’avant du côté de Monpazier (Périgord), du sort des cités oubliées dans tant de villes détruites, de mes copains d’enfance et d’adolescence - Arabes, Juifs, Portugais ou Blacks - de Villemomble, Montfermeil, Noisy-le-Sec, Gagny, Bondy. La Seine-Saint-Denis de jadis annonçait la suite, sans que nous en ayons la moindre conscience.

Mais j’ai aussi suivi comme un cours accéléré d’écologie, au sens que je donne à ce mot transformateur. À propos du crime global qu’est l’agriculture industrielle, des folies de l’agroalimentaire, des délires de la chimie de synthèse, de ces maladies créés par l’exposition à tant de toxiques, du terrifiant problème posé par le stress hydrique – une raréfaction des ressources en eau -, du climat.

Le monde inquiet des questions angoissées

Je vous le jure : j’ai davantage écouté que parlé. Car ce sont eux qui racontaient, montrant à quel point la société française sait être loin des misérables clichés déversés chaque jour par ses « élites » politiques et médiatiques. Il existe un espace inexploré, considérable, où de  nouvelles questions, centrales, pourraient enfin être débattues. En somme, ces quelques urgentistes rencontrés ici m’ont paru comme les représentants d’un monde inquiet, qui cherche des réponses à des angoisses désormais évidentes.

Et c’est bien pourquoi je vomis notre classe politique. Aucun de ses membres ne saura se mettre au service de notre peuple et de l’humanité. Chacun joue sa partition attendue. Hollande prend la voix grave, espérant regagner quelques points de popularité, ce qui est d’ores et déjà acquis. Sarkozy, fidèle d’entre les fidèles à lui-même, essaie de se placer sur la photo. Valls peaufine son personnage bien connu de Clemenceau.

La plus merveilleuse des nouvelles

Et pourtant, l’espace existe. Il n’y a aucun doute qu’un politicien qui romprait avec l’ancien crèverait le plafond, et l’écran. Je vous parlais à l’instant de compost. Le soulèvement moral de notre peuple – pas tout le peuple, ne délirons pas – est la plus merveilleuse des nouvelles. Ce mouvement des profondeurs ne saurait disparaître tout à fait, et il ne pourra, en toute hypothèse, conserver des formes aussi belles. Considérons donc que s’est ouverte une fenêtre, que des forces hostiles tenteront de refermer au plus vite. Ce serait donc l’heure idéale du tournant, mais je redoute que l’occasion historique d’avancer dans la seule direction possible – la fin de la tragédie écologique – ne soit encore gâchée par la petitesse des idées et des caractères.

Malgré cela, avançons, mes si chers amis. Premier impératif catégorique : luttons contre toutes les formes de régression, au premier rang desquelles le racisme, qui trouvera là de primordiales raisons de flamber. Sur ce terrain si difficile, parlons à tout le monde, sans exclusive, car le feu est aux portes. Cela signifie pour moi rechercher l’unité la plus large, y compris - par définition - avec des groupes et personnes éloignés du combat pour la vie.

Et nous fûmes 100 000 en arrivant aux portes

 Parallèlement – et en même temps –, considérons avec ceux qui le souhaitent la stupéfiante gravité de la crise écologique mondiale. Dans ce cadre très général, il faudra tout à la fois ouvrir en grand nos yeux, nos oreilles et notre cœur. Jamais la situation n’a été aussi favorable à notre cause, et il me semble possible de réunir à terme, dans un réseau dense, 100 000 d’entre nous. Ce serait un véritable tsunami. Une telle masse critique pourrait entraîner dans une autre direction la société tout entière. Vous n’y croyez pas ? Moi, si.

Franchement, qui aurait pu imaginer cette « insurrection des consciences » réclamée depuis si longtemps par mon cher grand ami Pierre Rabhi ? Qui ? Personne. Nul ne savait qu’il existe encore dans ce pays une société vivante et fraternelle. Amorphe en apparence, gorgée de pub et de télé, se battant à l’occasion pour un téléphone portable, obsédée par les écrans plats et les bagnoles dernier cri, la France vient de montrer le visage du bonheur commun. À la stupéfaction générale. La tragédie qui nous a frappés a réussi l’impossible : créer de l’harmonie avec les gestes et les mots de millions de personnes anonymes. Le grand fleuve rentrera dans son lit, mais on se souviendra que la crue régénératrice n’est jamais loin de l’étiage.

La meilleure part de nous vient de montrer ce qu’était la beauté. Ce qu’était la Beauté.

PS :  Comme vous l’imaginez, j’enterre mes morts. Cela me prendra bien des mois. J’aimais personnellement certains des assassinés. Je clame à toutes les familles de tous les disparus que je les serre contre ce qui me reste de cœur.